Je me souviens du canal Saint-Martin
Marie Babey
Je me souviens des bateaux “montants”, blancs du sel du Midi et des
bateaux “avalants”, noirs du charbon enlevé au pont de Flandre, je me
souviens des “carapatas”, les haleurs aux gros bras et au gosier sec, je
me souviens des coltineurs qui déchargeaient les sacs de ciment au
bassin du Combat, je me souviens qu’éclusiers et mariniers allaient
souvent boire un verre à la Chope des Singes ou à l’Ancre de Marine, je
me souviens que l’on pouvait traverser le canal sur les portes des
écluses, je me souviens que les mariniers avaient rebaptisé la compagnie
HPLM (Havre-Paris-Lyon-Marseille), “Hachez-Pillez-Les-Malheureux”, je
me souviens de la pêche aux écrevisses avec une épingle à nourrice...
Je
me souviens que l’on patinait sur la glace les hivers de grand froid,
je me souviens que la sortie des artistes de l’Alhambra donnait sur le
canal, je me souviens que les bateaux n’avaient pour guides que les
bouches d’aération quand ils passaient sous la longue voûte du boulevard
Richard-Lenoir, je me souviens qu’on faisait de drôles de récoltes
quand on vidait les bassins, je me souviens des usines, des entrepôts,
des cités d’artisans qui longeaient le canal, je me souviens que le
décor du canal a été entièrement reconstitué pour les besoins du
tournage du film de Marcel Carné, Hôtel du Nord, je me souviens du temps
où on jouait à la manille, où on chantait et où on parlait politique
dans les cafés, je me souviens… du canal Saint-Martin.
Photographe, Marie Babey habite les rives du canal Saint-Martin. C’est
tout naturellement que celui-ci est devenu son grand sujet.
Parmi diverses manifestations, elle a notamment organisé une exposition de ses photographies au mythique Hôtel du Nord.
"Des années 1920 à 1970, on feuillette l’album de famille d’un
arrondissement en compagnie de ceux, anonymes, qui ont constitué son
histoire quotidienne. Il n’en fallait pas plus pour retrouver à Paris un
visage humain." Télérama
Format : 22,5 x 24,5 cm
120 pages, relié